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Vous voulez un scoop ? Tenez, en voilà un qui nous concerne :
Clairdebulle a été contacté par les organisateurs du 1er festival de la bande dessinée
de Lyon (qui aura lieu les 25 et 26 juin 2006) pour
participer au prix de la bande dessinée alternative, dans le
cadre du "festival off". Génial ! Oui mais... concrètement, comment cela va-t-il
se passer ? Comment décide t-on de récompenser une œuvre plutôt qu'une autre ?
Il ne saurait être question de juger
les livres de bande dessinée alternative selon les mêmes critères que ceux
employés pour sélectionner les livres de bande dessinée "de genre". La matrice
classique scénario / dessin / couleurs... n'a aucun sens en ce domaine.
Des couleurs, chez les éditeurs
alternatifs, il n'y en a que rarement. Ensuite, le mot "scénario" est
inapproprié pour évoquer des autobiographies, des reportages ou des livres de
recherche fondamentale en bande dessinée (comme les travaux de l'OuBaPo, par
exemple). Enfin, on se souvient avec amusement de certains
commentateurs des années 70, qui s'étaient rendus ridicules en estimant que les
dessins de Reiser étaient « mal dessinés ». Il est désormais établi que
le dessin de BD est souvent une écriture, où l'important n'est pas le réalisme ou l'académisme graphique, mais l'intention et la maîtrise de
son auteur.
Mais alors, comment débattre et comparer différentes œuvres de bande
dessinée alternative ? Autour d'une table, d'accord... Mais on craindra alors
que les qualités oratoires des jurés soient par trop déterminantes dans
l'attribution du prix. D'où la tentation de créer une grille d'évaluation, pour
que les débats ne soient pas phagocytés par les plus forts en
gueule. Vu
la variété des livres, la démarche revient donc à trouver des critères communs
qui soient admissibles, et qui permettent effectivement de faire aboutir les
discussions.
Je proposerais pour ma
part la grille suivante :
Intérêt artistique
Intérêt narratif
Originalité
Sentiment du Juré
Et voici pourquoi :
- L'intérêt
artistique ne juge pas uniquement de
la qualité des dessins, mais du livre pris globalement, y compris en tant
qu'objet ou concept. Par exemple, les upside-downs de Gustav Verbeek
sont assez moches d'un point de vue graphique. Et faibles en tant qu'histoires.
Mais artistiquement, c'est génial.
- Intérêt narratif : ce critère
fait la synthèse entre l'intérêt du thème du livre, et la manière employée pour
le raconter. Il permet aussi de relativiser l'appréciation faite à un certain
nombre de livres qui sont artistiquement très aboutis mais abscons, en ce sens
qu'ils ne racontent pas vraiment quoi que ce soit. Exemple récent :
Chimère, de Mattotti chez Coconino Press : voici un livre situé dans
l'univers du rêve, en BD muette. C'est somptueux, mais le sens est difficile à
capter. A contratio, la plupart des comic-strips ont un intérêt est plus
narratif qu'artistique.
- Originalité : l'un des attraits
particuliers de la BD alternative est qu'elle défriche souvent de nouveaux
terrains d'expression. Il est donc logique que l'originalité apporte un bonus et
entre dans l'évaluation d'un livre.
- Sentiment du Juré : malgré
toutes ces tentatives de rationalisation de la note, il semble très important
que les jurés puissent ajouter une appréciation totalement subjective. Car on
peut trouver un grand intérêt artistique ou narratif à un livre, et pourtant y
être totalement insensible. A l'inverse, il arrive qu'on tombe complètement sous
le charme d'un bouquin anodin en apparence. Cela arrive avec certains livres
subtils, dont la magie opère sans qu'on sache l'analyser ou la définir. Devant
cette part d'inexplicable, une note clairement subjective et assumée comme telle
est indispensable. Ce critère mériterait même un coefficient 2
!
Enfin, parce que dans remise
de prix, il y a "remise", on pourra ajouter un critère éliminatoire :
l'indispensable présence au festival d'une personne habilitée à recevoir le
prix. Ce peut être l'auteur ou son éditeur... N'oublions pas qu'un prix
littéraire, c'est souvent un auteur heureux et trente qui grincent des dents.
Récompenser un fantôme serait totalement absurde, et nous priverait d'un
speech !
Jérôme Briot
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