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La BD1D, quel régal !
Clairdebulle s'est fixé pour devoir de nous aider à « découvrir la BD
indépendante ». Une bien noble mission, n'est-ce pas ? Oui, mais... La BD
indépendante, c'est quoi au juste ? La question est épineuse : les théoriciens
n'arrivent déjà pas à se mettre d'accord sur une définition de la bande
dessinée. Alors indépendante, pensez !
Et c'est vrai que les termes choisis posent problème. La bande dessinée
n'est pas toujours organisée en "bandes". Regardez Lucille de Ludovic
Debeurme : plus de trois cents pages et pas une case. Plus amusant encore, la
bande dessinée n'est même pas forcément dessinée. Prenez La grande
traversée (si si, Astérix tome 22, par Goscinny et Uderzo) : la première
page dans le brouillard, la septième planche qui se passe de nuit... vous
appelez ça des dessins, vous ? Et pourtant, ce sont incontestablement des pages
de bande dessinée.
Et maintenant, "indépendante" : voilà entre tous, certainement le mot le
plus mal choisi. Indépendant par rapport à quoi, à qui ? A partir de quel
chiffre d'affaires cesse t-on d'être classé parmi les indépendants ? Les
éditions de l'An
2 ont rejoint Acte Sud. Elles ne sont donc plus "indépendantes", alors que
les éditions Glénat, si. Et puis quoi... Faut-il parler de Chris Ware quand il
est publié par L'Association, et le bouder quand il est chez Delcourt (un
autre éditeur indépendant, d'ailleurs) ?
Alors quoi, ce serait une question de tirage, et il faudrait glorifier
certaines oeuvres au seul motif de leur confidentialité ? Evidemment non : si le
succès n'est pas une preuve de qualité, il révèle tout de même la capacité à
séduire un large public. Alors que l'insuccès ne prouve rien du tout : il n'y a
pas que des oeuvres formidables qui finissent au pilon faute d'avoir trouvé leur
public, il y a aussi des nanars infâmes dans le lot.
Les mots étant mal choisis, on peut essayer d'en chercher d'autres... Ah, ne
me parlez pas de "bande dessinée d'auteur" ! Tout livre, même médiocre, est
signé par un ou des auteurs. Mais peut-être que "récits graphiques alternatifs"
conviendrait : alternatif est une expression suffisamment fourre-tout pour
permettre n'importe quelle interprétation, de quoi mettre tout le monde
d'accord. Et récit graphique, avec la caution intellectuelle et artistique de
Will Eisner, c'est pas mal. Oui mais... récit graphique alternatif, c'est quand
même un peu long. A l'heure du SMS, faut quelque chose de plus court... Plutôt
que BD1D, qui est horripilant (malgré une certaine efficacité), on pourrait
abréger REcit Graphique ALternatif en "régal". Naaan, ça marchera jamais !
Jérôme Briot
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